4 fermes autour du monde

Posted by on Sep 15, 2018 | 0 comments

Chers amis amapiens de Melun

Je m’appelle Jean, j’ai 25 ans et je faisais parti de l’AMAP de Melun pendant l’année 2016-2017.

De juillet 2017 à juin 2018, j’ai voyagé autour du monde de projets bénévoles en projets bénévoles. J’ai eu l’occasion de travailler et de vivre et travailler en particulier dans plusieurs fermes en Russie, Corée du Sud, à Hongkong et à Taiwan. Ces expériences m’ont beaucoup fait penser à vous, et je souhaitais vous partager mes découvertes sur ces pratiques fermières.

Voici donc ci-dessous, des extraits de mon journal de bord publiés également sur mon blog valpvalp.wordpress.com .

jean-map-amap

Karachev, Russie, (25 juillet au 13 août 2017)

Cette ferme est tenue par Ivan et Galina, un couple d’une cinquantaine d’années dont la femme est enseignante à l’école primaire voisine. Leurs 2 enfants travaillent à Moscou à 400 km au Nord de ce village et rentrent occasionnellement pour aider. Le hameau compte une cinquantaine de maisons avec des champs autour.

Karachev-Russie-ferme

Vu de la porte d’entrée de la maison

Ivan parle uniquement russe, Galina en revanche, parle allemand, ce qui me sera d’un grand secours tandis que Ugo, l’ami avec qui je suis parti en Russie, améliore son russe débutant et que j’essaie de retenir les mots clés (manger, ensuite, on y va, travailler, cochon, poule …).

La ferme est typique d’une petite ferme familiale russe. Il y a 16 cochons (+ 9 porcelets nés pendant notre séjour), une vingtaine de poules (incomptables car se promenant un peu partout) et 3 coqs (chantant à n’importe quelle heure de la journée).

Karachev-Russie-ferme2

Il y a aussi un chien de garde « Bounia » avec qui nous faisons progressivement connaissance et 2 chats qui apprécient particulièrement dormir sur le lit d’Ugo.

L’élevage des cochons est ce qui demande le plus de travail à Ivan, il les nourrit 2 fois par jour, prépare leur nourriture faite de restes de nourriture bouillie, de plantes, de céréales.

Sur leur terrain qui fait peut-être 2 hectares, il y a également des cultures de pleins de légumes, fruits, céréales et aussi une quinzaine de ruches. Ce qui permet en grande partie de nous nourrir.

La serre de tomates

La serre de tomates

Nous prenons 3 repas par jour, la plupart du temps avec Ivan et Galina, mais pas toujours. Les horaires ne sont pas fixes et dépendent du travail. Il nous arrive de déjeuner à 16 h après avoir fini le travail.

Les 3 repas sont des vrais repas avec soupe, plat avec viande plus thé et tartines miel/confiture). L’eau est apparemment potable, pompée de manière centrale pour le village, mais en pratique, nous buvons presque uniquement de la soupe, de thé et de « kvass » : boisson non alcoolisée faite maison obtenue par fermentation de fruits ou de miel.

Nous mangeons en quantité plus que satisfaisante. Après les premiers repas, nous sommes ressortis gavés puis ensuite nous nous sommes habitués à ces festins.

Comme soupe, il y a plusieurs types dont le borsh classique avec légumes et un morceau de viande, mais aussi des vermicelles cuits dans du lait.

Le féculent est bien entendu la pomme de terre que nous dégustons en purée, bouillie ou dans la soupe. Cependant, il nous arrive aussi d’avoir du riz et une sorte de polenta, ainsi que du pain à chaque repas. Leurs parents cuisaient leur pain mais eux l’achètent (pain de mie complet et brioche).

Comme viande, le cochon est roi : lardons de graisse en apéritif, boudin noir presque chaque jour (ce qui commence à me lasser), morceaux de porc bouillie, côtes de porc …

Ce midi, borsh (soupe) et purée de pommes de terre

Ce midi, borsh (soupe) et purée de pommes de terre

Grâce aux poules qui pondent au moins une dizaine d’œufs par jour, nous avons droit à bon nombre d’omelettes, d’œufs durs et des « alladi » (sorte de blinis délicieux avec de la confiture ou du miel). En termes de confiture, nous avons l’embarras du choix entre baies, groseilles, framboises, prunes. Nous passons plusieurs heures à cueillir ces fruits rouges délicieux.poules

Le rythme n’est pas trop soutenu et je me surprends à dormir plus de 10 h par jour de manière régulière. En effet, lors d’une journée type, nous nous levons vers 8h30-9h, et nous couchons vers 21h30 -22h30, avec une sieste après le déjeuner. Cela permet d’être en forme pour le travail.

Le travail, venons-en ! Le principe du Workaway est d’être hébergé et nourri en échange de 4 à 5 h de travail quotidien.

Contrairement à ce que nous pensions en arrivant, la plus grande partie du travail a consisté à rénover une maison familiale à l’autre bout du village. Cette maison appartenait aux parents d’Ivan Pavlovitch, le but est de la « rénover » (rafistoler serait plus exact) pour la vendre. Et il y a du boulot !

La maison à « rénover »

À l’extérieur, il faut défricher, déterrer des briques tout autour de la maison, puis les trier selon leur état pour refaire un contour de la maison.

À l’intérieur, il faut remplacer les parties du sol et du plafond qui sont pourries, scier des planches pour refaire une cloison, repeindre le plafond, balayer et balayer encore.

L’intérieur de la maison à rénover

Quand nous ne travaillons pas sur le chantier, nous aidons sur d’autres tâches plus ponctuelles : faucher des plantes pour les cochons (avec une vraie faux comme à l’ancienne), faire de la peinture, mettre du sable ou de la terre en sac pour le chantier. Nous donnons également à manger aux poussins, et faisons de la cueillette au milieu des orties. Un jour, nous avons malaxé des feuilles de thé pour les faire sécher : toute une technique !

Préparation-du-thé-avec-Galina

Le mimétisme étant la communication la plus simple dans ce cas, Ivan Pavlovitch nous montre la tâche à réaliser et nous continuons de la même manière sans toujours comprendre le but de la manipulation ou jusqu’où aller.

Ivan s’occupe des missions les plus délicates et acrobatiques : réparation du toit en montant sur des échelles en bois branlantes, découpe et fixation de vitre pour réparer les carreaux cassés. D’un côté, nous notons en permanence l’imprécision russe (la cheminée qui penche, le bricolage « court-termiste ».

Mais de l’autre côté, ce bricolage tient à l’image du 4×4 Lada qui nous transporte chaque jour par les chemins cabossés et boueux. De plus, c’est un circuit de recyclage permanent. Par exemple, nous démontons un canapé en isolant les planches, le rembourrage, les clous, et les panneaux qui seront utilisés après pour refaire un morceau du sol ou du plafond. Seuls les déchets ultimes comme les plastiques sont mis dans un coin du jardin ou ils sont enfouis ou brûlés. Pas de camion poubelle ici en milieu rural mais un taux de réutilisation largement plus élevé que dans les villes françaises, je pense.

Récolte des échalotes

 

Janggye, Corée du Sud
(2 au 16 octobre 2017)

Quelques mois plus tard, après avoir traversé la Russie, le Kazakhstan et la Chine, me voilà 2 semaines dans une ferme bio perdu dans les montagnes du centre de la Corée du Sud.

La ferme biologique est tenue par un couple d’une quarantaine d’années Jo et Jeong Sun. Il y a 13 ans, ils ont décidé de quitter leur travail de journaliste et de chargé de communication à Séoul, pour créer leur ferme biologique. Ils sont maintenant bien rodés et accueillent en continu de 2 à 4 volontaires de mars à début novembre. Pendant les 3 mois de l’hiver, ils partent voyager à l’étranger (cet hiver aux Philippines).

Vue de la fenêtre de ma chambre

La première semaine, nous sommes 4 volontaires : une thaïlandaise, une coréenne, un allemand et moi. La seconde semaine, je reste avec Leo (l’allemand) tandis que les 2 autres repartent travailler.

Récolte de cacahuètes

 

Pendant ces 2 semaines, Jo et Jeong Sun nous font découvrir les subtilités d’une ferme de légumes biologique : les produits autorisés en bio, la difficulté et le côté très aléatoire de la production de certains légumes en bio, les aides du gouvernement pour le bio, le tri des légumes bons pour les clients ou à garder pour la cuisine …

L’activité principale est la récolte et le tri des cacahuètes. Nous récoltons également des patates douces, des carottes, des gros radis blancs. Nous plantons quelques salades et enfin nous pesons et emballons les portions de légumes. En effet, tous les légumes sont vendus en vente directe à des clients urbains à travers toute la Corée. 150 cartons par semaine expédié par la poste. Le système est donc différent de celui d’une Amap en France ou l’association joue le rôle d’intermédiaire de pesée et de distribution des légumes. Je constate le gain en temps d’emballage et en pesée d’un système comme l’Amap par rapport à ce système coréen. La ferme est relativement moderne avec chambre froide, arrosage automatique, moteur électrique pour commander l’aération des serres et tricycle électrique pour remonter les récoltes.

Photo souvenir en tenue de travail

Jo et Jeong Sun sont des pionniers de l’agriculture bio en Corée qui ne représente que 2 %. Ils font partie du syndicat des fermiers, même si on sent qu’ils sont beaucoup plus internationalisés que les autres fermiers. En particulier, Jo rigole régulièrement du côté rural et rustre de ses voisins et amis qu’il essaie d’ouvrir au monde en l’aidant à voyager.

Nos hôtes sont bouddhistes, nous les accompagnons deux fois au temple, dont une fois voir « leur moine » (une femme d’une cinquantaine d’années) que nous aidons à récolter les patates douces.

Nous travaillons 5 h par jour de 9h à 12h et de 14h à 17h avec 2 pauses de 30 min. Un jour par semaine, généralement quand il pleut, c’est repos. Nous allons alors faire de la rando dans le brouillard ou découvrir les bains coréens : sauna et bains intérieurs mais aussi bains extérieurs pour alterner entre 35°C et 15°C.

Les coréens ont une relation fusionnelle avec le sol : ils mangent souvent assis par terre (la nourriture est sur une table basse), ils dorment par terre (sur un mince futon) … On explique cela par le fait qu’ils chauffent par le sol.

Lai Chi Wo, Hong-Kong (3 au 10 décembre 2017)

Lai Chi Wo est un village isolé au Nord Est de Hong-Kong. Bien que comptant une bonne centaine de maisons, il est pratiquement désert. Ces rares habitants permanents (moins de 10), font partie d’un programme de revitalisation agricole sur les champs alentours. Les autres fermiers viennent à la journée. Je suis accueilli par Maria, « Sim » et leur fils de 3 ans Zach. Une autre volontaire singapourienne d’une quarantaine d’année est également présente. Une prof de math dans le secondaire. Et oui ce sont les grandes vacances en ce moment à Singapour !

Diner avec Maria, Sim, Zach et la volontaire singapourienne

Comme c’est la saison sèche, nous arrosons le jardin et les cultures matins et soirs. Je dégage des canaux d’irrigation, installe des tuyaux d’évacuation, retourne le sol et prépare un nouveau tas de compost.

Notre champ avec le village de Lai Chi Wo dans le fond

Sanxing, Taiwan
(21 février au 8 mars 2018)

Après être retourné un mois en Chine et avoir exploré un mois les Philipinnes, je passe 2 semaines dans une ferme biologique moderne à Taiwan.

Cette ferme a été créée il y a 4 ans par un couple d’une trentaine d’années qui travaillaient auparavant dans l’industrie automobile. Lui en tant que responsable d’usine et elle en tant qu’ingénieur. Après avoir investi dans une dizaine de serres arrosées automatiquement, un tracteur, plusieurs véhicules, ils ont monté une coopérative bio qui regroupe 36 producteurs bio de la région de Yilan.

En 4 ans, Shuai a créé une ferme et une coopérative bio

En 4 ans, Shuai a créé une ferme et une coopérative bio

Avec la coopérative, ils ont investi dans une chaine de 6 machines qui permettent de transformer le riz brut, pour le mettre en sachet sous vide. Chaque week-end, ils vont à Taipei à 60 km pour vendre leur production. La coopérative a également des contrats avec des cantines et des restaurants de la région. Depuis 2 ans, ils accueillent en permanence des volontaires étrangers souvent entre 2 et 8.

Emballage du riz avec 2 volontaires américains et une allemande-taiwanaise

Emballage du riz avec 2 volontaires américains et une allemande-taiwanaise

Un hangar avait été aménagé pour héberger les volontaires. Shuai vit avec sa femme et son fils dans un conteneur de 40 pieds aménagé par ses soins. Nous y avons pris quelques repas. C’est assez étroit mais cela avait l’avantage d’être chauffé, à la différence des autres bâtiments.

Shuai vit avec sa femme et son fils dans un conteneur de 40 pieds aménagé par ses soins

Shuai vit avec sa femme et son fils dans un conteneur
de 40 pieds aménagé par ses soins

Après le travail souvent matinal (démarrage parfois à 6h30), j’allais souvent promener un des 2 chiens tout en écoutant des podcasts. Ce qui m’a permis d’explorer le quadrillage de route encerclant les rizières tout autour.

Intérieur de la ferme où nous travaillons

Intérieur de la ferme où nous travaillons

 

Voilà, j’espère que cela vous a fait un peu voyagé. L’agriculture biologique et de manière plus général l’agriculture qui respecte l’environnement est un sujet mondial qui traverse les frontières avec des manières de faire propre à chaque pays.

Ce voyage m’a permis de la découvrir mais également de voir plein d’autres aventures, comme la traversée des Etats-Unis à vélo de San Francisco à New York.

Depuis mon retour en juin 2018, j’ai trouvé un travail à Quimper et je retourne donc en Bretagne avec plaisir.

Amicalement,

Quimper, le 19 août 2018

Jean BRIERE

Jean.briere@zaclys.net

 

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